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Les Hmông du Nord Viêt Nam.
AUTRES NOMS : Méo, Miao, Mong, H’mong, etc.
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SOUS – GROUPES : Hmông Xanh (vert), Hmông Do (rouge), Hmông Hoa (bariolé), Hmông Den (noir), Hmông Trang (blanc).
LANGUE : Famille austro-asiatique, groupe hmông-dao.
HISTOIRE : Les Hmông seraient, avec les populations de langues taï, les véritables autochtones du centre et du sud de la Chine et seraient peut-être les descendants des San Miao du bassin du fleuve jaune venus de Chine aux XVIIIième, XIXième et XXième siècles.
POPULATION : Au total +/- 5,5 millions en Asie (Chine et péninsule indochinoise). Au Viêt Nam : +/- 560.000
DISPERSION GEOGRAPHIQUE : Sud de la Chine (provinces du Guizhou, Hunan, Sichuan, Guangxi, Yunan), Nord du Laos et de la Thaïlande, Birmanie, hauts plateaux du Nord Viêt Nam. Il existe une communauté de Hmông en France (10.000), aux USA (120.000) et en Guyane française où ils obtiennent des résultats surprenants en agriculture.
VIE FAMILIALE ET SOCIALE : La société hmông se caractérise par une grande solidarité entre les membres d’une même lignée et entre villageois. De tout temps, ils ont manifesté un grand attachement à leur indépendance, à leur identité culturelle, à cette solidarité familiale et clanique. Les changements qui leur sont proposés, (de même que la scolarisation des enfants) sont envisagés avec la plus grande prudence : ils savent que des évolutions trop brusques, que la perte de leurs traditions peuvent causer des graves désordres sociaux et conduire les plus jeunes à la consommation précoce d’opium. Même très éloignés ou séparés par une frontière nationale, les Hmông d’une même lignée maintiennent des relations et une solidarité très forte. La communauté villageoise établit des conventions qui sont respectées et défendues par ses membres et dont les violations sont sévèrement punies. Chaque année, ces conventions sont discutées et complétées à l’occasion de la cérémonie de culte du génie tutélaire. Un repas collectif appelé nào sông clôture cette cérémonie qui, aux yeux des villageois scelle les amendements en présence des génies.
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HABITAT : La maison hmông est rudimentaire : elle est entièrement construite en matériaux d’origine végétale (bois, bambou, chaume) le sol est en terre battue. Il n’y a ni fenêtre, ni cheminée, ni cloison intérieure. L’autel des ancêtres est installé dans la travée centrale ; les deux travées latérales servent de cuisine et de chambre à coucher. Le voisinage d’autres ethnies (Tày) incite parfois les Hmông à construire sur pilotis. Une maison visitée en 1996 à proximité de Sa Pa avait une ampoule électrique (de quelques watts) alimentée par une ingénieuse turbine à eau installée sur la berge de la rivière : c'était une habitation privilégiée. L’eau courante est inconnue. L’espace intérieur est sombre et enfumé ; la cuisine se résume en un feu entretenu à même le sol, entouré de quelques ustensiles. La fumée s’échappe par une ouverture aménagée dans le pignon ou à travers la couche végétale du toit. Si on achète un vêtement à un hmông, on transporte longtemps avec soi cette odeur de feu de bois.
HABILLEMENT : Les Hmông se confectionnent leurs vêtements en chanvre qu’ils tissent eux-mêmes et qu’ils teignent en indigo. Ils se distinguent entre eux par la couleur de leurs costumes et leurs coiffures : il y a des Hmông blanc, noir, vert, rouge et bariolé. Les femmes portent une ample jupe parfois plissée, qui descend sous les genoux, un plastron sur le dos, un tablier sur le devant recouvrant la jupe, une ceinture en tissu qui fait plusieurs fois le tour de la taille, nouée dans le dos, une chemise aux longues et larges manches, ouverte sur la poitrine, un cache seins. Elles marchent souvent pieds nus, et recouvrent parfois leurs jambes de sortes de guêtres en tissu (pour se protéger des sangsues). Certains éléments de ce costume peuvent être décorés de tissages ou de broderies coloriées. Les femmes hmôngs se parent de grands colliers, bracelets et boucles d’oreilles. Ces bijoux artisanaux très simples et très beaux sont fondus à partir de pièces de monnaie : anciennement les pièces françaises étaient appréciées ; actuellement, les Hmông utilisent des pièces thaïlandaises et indiennes. Les hommes, parfois coiffés d’un béret arrondi en tissu brodé, portent des pantalons larges, noués à la ceinture, une veste à manches amples. Comme leurs compagnes, les hommes, de même que les enfants, aiment les colliers et les bracelets.
Le tableau ci-dessous peut aider à identifier les différents groupes.
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Jupe |
Coiffure |
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Hmông blanc |
Tissu écru |
Tête rasée sur le pourtour, touffe au sommet, turban |
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Hmông vert |
Couleur indigo |
Cheveux longs tombant sur les épaules, chignon après le mariage |
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Hmông noir |
Couleur indigo |
Cheveux longs, turban |
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Hmông rouge |
Couleur indigo, broderies |
Cheveux longs, pris dans une coiffe avec des pompons rouges |
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Hmông bariolé |
Couleur indigo, broderies |
Cheveux longs mêlés à des cheveux postiches, foulards de couleur rouge ou verte |
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AGRICULTURE : Traditionnellement, les Hmông pratiquaient une agriculture itinérante sur brûlis. Les pays où ils se sont installés essaient de les sédentariser et de modifier leurs modes d’agriculture. Au Viêt Nam, lorsqu’il y a moyen de canaliser l’eau à partir du sommet, les Hmông sont capables de transformer des collines entières en rizières irriguées en terrasse au prix d’un travail extraordinaire de courage et d’ingéniosité. Les paysages ainsi créés sont de véritables réussites architecturales et artistiques. Sur les pentes trop escarpées ou non irrigables, ils cultivent aussi le riz et surtout le maïs qui est la plante alimentaire principale, des cucurbitacées et des légumes (haricots, pois, etc.). La plante textile principale est le chanvre ; certains groupes cultivent le coton (les Hmông vert). Les Hmông sont aussi réputés pour la culture des pommiers, pruniers et pêchers. Les difficultés de transport et l’absence d’entreprises locales de transformation empêchent la pleine valorisation de ces produits. La forêt constitue une source non négligeable de revenus d’appoint avec la récolte de plantes médicinales, de champignons, de bois de chauffage.
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ELEVAGE : Dans le domaine de l’élevage, variable suivant la région, on peut citer les volailles, les porcs, les buffles, les bœufs et les chevaux. Il semble qu’en deux ans, entre 1996 et 1998, on rencontre plus de troupeaux de buffles gardés par les enfants mais je n’ai aucun chiffre à ce sujet.
CHASSE : Avec des fusils artisanaux à silex et des pièges, les Hmông chassent renard, cerf, sanglier, etc. Les enfants capturent des oiseaux qu’ils proposent au marché ou au bord des routes.
OPIUM : On ne peut parler des Hmông sans citer la culture du pavot dont on extrait l’opium. Pour les Hmông des montagnes du triangle d’or (Thaïlande, Laos, Birmanie), du sud de la Chine et du Nord Viêt Nam, le pavot fait partie des traditions agricoles au même titre que la vigne dans nos régions. L’opium a longtemps été le seul produit acheté aux Hmông : une partie de la production est donc vendue et procure une source non négligeable de revenu. L’autre partie de la récolte est destinée à la consommation de la collectivité ; elle permet de se soigner et de se nourrir. Les capsules sont récupérées, séchées et les graines sont utilisées comme épices pour parfumer le miel, des boissons, des pâtisseries, etc.
La consommation d’opium chez les Hmông est traditionnelle et socialement bien intégrée. C’est ainsi que certains hommes âgés reçoivent un accord tacite de la collectivité et peuvent alors fumer.
Au Viêt Nam, la culture du pavot est interdite mais elle est peut être encore pratiquée dans des endroits discrets et bien protégés.
Dans les régions du triangle d’or, on constate que d’autres ethnies sont parfois tentées par les revenus procurés par la vente du pavot. Cette tradition n’existant pas dans leur culture et dans leur vie sociale, elles s’exposent à de grands dangers : on voit parfois toute la communauté, femmes et enfants compris s’adonner à la consommation de l’opium. Des villages entiers peuvent ainsi parfois disparaître complètement en deux ans.
La réussite des cultures de substitution qui sont parfois proposées est loin d’être garantie parce que les projets mis en place négligent la prise en compte de paramètres qui pourtant semblent évidents. Proposer la culture de la fraise à la place du pavot peut sembler une idée intéressante, mais que faire d’une bonne récolte si localement on ne peut la vendre parce que la fraise n’est pas dans les habitudes alimentaires, qu’il n’y a pas de routes ou pas de camions pour aller la vendre plus loin sur les marchés et pas d’industries locales de transformation ! Au Viêt Nam, dans la région de Bac Ha, la culture du prunier comme substitution à celle du pavot connaît un succès indiscutable. Il s’agit d’un programme australo-nippon qui donne satisfaction aux cultivateurs, la récolte partant vers ces deux pays en générant de bons profits.
On peut aussi dire quelques mots des opérations «musclées» menées par certains pays. En Thaïlande, des champs de pavots ont été bombardés et incendiés par l’armée. Au Laos, l’opium a été «éliminé» de certains villages. Là où l’opium était consommé, on risque alors de voir les villageois passer à la consommation d’héroïne avec des conséquences encore plus dramatiques (sida, overdoses).
ART ET ARTISANAT : Au cours de leur longue histoire, les Hmông ont accumulé un patrimoine artistique et culturel tout à fait original, riche et varié, qui montre une connaissance populaire de la nature et de la société, et qui exprime leur attachement à la liberté, exalte des sentiments nobles (justice, charité, etc.), glorifie le travail et condamne la paresse, le mensonge, etc.
Ne connaissant pas l’écriture, la littérature des Hmông faisait uniquement appel à la mémoire et se compose de légendes, poèmes, devinettes, proverbes et chants. Certains groupes prétendent que leur mémoire remonte à 30 ou 40 générations, ce qui représente environ 1.000 ans d’histoire.
Dans le domaine de la musique, les instruments utilisés sont les guimbardes, les tambours de peau et les khènes, sorte d’orgue à bouche. Les tambours et les khènes sont utilisés lors des cérémonies (funérailles, mariages), alors que le khène et la guimbarde servent aux garçons dans leurs entreprises de séductions des filles. Les Hmông utilisent le khène suivant un système de codage extrêmement complexe qui rend le décryptage de ce langage musical accessible aux seuls initiés.
La danse, exécutée par le musicien lui-même accompagne le morceau de musique joué avec le khène. La danse exécutée dans certaines circonstances peut poursuivre un but bien précis. Certains morceaux joués sur le khène lors des funérailles expliquent à l’âme du défunt le chemin à suivre pour se rendre dans le monde des morts. Le musicien-danseur prend cependant soin de dissimuler le chemin du retour vers le monde des vivants. Dans ces passages, la danse se caractérise par de nombreux changements de direction, afin de bien brouiller les pistes !
CROYANCES ET RELIGION : Le bouddhisme, le confucianisme et le taoïsme ont laissé des traces dans les croyances religieuses des Hmông. Au début du XXième siècle, des missionnaires catholiques ont essayé d’évangéliser les Hmông. Quelques églises ont été construites (Sa Pa, Nghia Lô). Les Hmông ont résisté à ces pressions et influences extérieures et sont restés très attachés à leurs croyances qui rassemblent le culte des ancêtres, des esprits des objets animés et inanimés (ciel, vent, eau, arbre, animaux, etc.) Dans chaque maison, il y a un endroit réservé à la prière et aux offrandes.
Le chaman, dont la fonction est héréditaire, a le pouvoir de se mettre en contact avec les esprits. Son rôle diminue probablement dans le domaine médical du fait de la création de centres de soins, mais il est toujours consulté dans les rites funéraires et agraires.
Pour les Hmông, l’être humain est privilégié puisqu’il possède trois âmes : l’une reste avec le défunt et retourne à la terre comme son corps; la deuxième part pour le grand voyage de l’au-delà ; la troisième est soumise au cycle de la réincarnation.
Dans certaines familles, la veille du têt (fête du nouvel an), on sacrifie un poulet. Des plumes mélangées au sang du poulet sont collées sur un papier accroché au mur face à la porte d’entrée de la maison. Ce papier protège la maison pour l’année et sert d’autel.
SITUATION ACTUELLE DES HMONG DU VIET NAM : Souvent arrivés les derniers dans les zones montagneuses, les Hmông occupent surtout des territoires difficilement cultivables qui sont chroniquement insuffisants pour nourrir les populations locales. Le problème est aggravé par la politique du gouvernement qui favorise l’implantation des Kinh (c’est à dire les Vietnamiens de l’ethnie majoritaire qui représentent à eux seul 85% de la population du pays) dans ces zones.
A certains endroits touristiques, les Hmông ont développé un petit commerce d’artisanat de vêtements, bijoux, souvenirs, etc. Des Kinh implantés n’hésitent pas à ouvrir des boutiques proposant ces mêmes objets, ce qui prive les Hmông d’une possibilité de revenus supplémentaires bien utile.
Les campagnes de limitation des naissances sont peu efficaces ; la scolarisation des enfants se heurte à la méfiance des Hmông par rapport aux changements ; l’introduction de nouvelles méthodes de culture n’est pas aisée (l’utilisation du compost et du fumier est difficile à faire admettre). Face à cette résistance, les autorités ont parfois tendance à considérer les Hmông comme de mauvais élèves par rapport à leur entreprise de vietnamisation. Une tension perceptible à certains moments existe entre les deux communautés.
BILBLOGRAPHIE
G.Rovillé : Le Vietnam. Les guides peuples du monde
Dang Nghiem Van, Chu Thai Son, Luu Hung : Les ethnies minoritaires du Vietnam.Thegioi Hanoi-1993.
Patrick Bernard, Michel Huteau : Chine insolite des minorités. Editions Anako.
Patrick Bernard : Les voix de l’oubli. Editions Anako.
Jean-Christophe Tamisier : Dictionnaire des peuples. Edition Larousse.
Daniel Robinson, Robert Storey : Vietnam. Guide Lonely Planet.
Agence vietnamienne d’information : Vietnam-image de la communauté de 54 groupes ethniques. Maison d’édition des cultures ethniques. Hanoi 1997.
Montagnards des pays d’Indochine. Dans les collections du musée de l’homme. Editions Sépia.
René Sépul Reportage : Chez les cultivateurs d’opium dans le triangle d’or. Imagine le monde à l’envers. Magazine d’écologie et de société, rue du Séminaire, 8, B5000 Namur.
Livret du CD : L’art du khène. Arion.
Livret du CD : Viêt Nam : musiques et chants des minorités du Nord. Musique du monde.
Avis aux lecteurs
Cher ami lecteur,
Je vous confie ce document qui représente un important travail de recherche, les informations sur les ethnies minoritaires du Viêt Nam étant assez difficiles à rassembler et à vérifier. C'est pourquoi je vous demande aussi de ne pas diffuser ce document, mon intention étant de l'utiliser plus tard pour jalonner un livre de photos.
A votre tour, n'hésitez pas à me questionner sur ce sujet et à me communiquer vos remarques et informations complémentaires.
Merci d'avance. Etienne DELFORGE
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